Jacques Marquettes et Louis Jolliet à la découverte du Mississipi

D'après l'exposition « MITCHISIPI, LE GRAND FLEUVE » réalisée à Laon à l'occasion de la commémoration de l'exploit de deux Français : un Laonnois, le Père Marquette, et un Québécois, Louis Jolliet :

L'exploration du Mississippi en 1673


Texte : Yves-Marie Lucot
Illustrations : Françoise Macadré



Les acteurs
Jacques Marquette (1637-1675) est né à Laon. Ce jeune Jésuite, parti en 1670 évangéliser les Sioux à la Pointe du Saint-Esprit sur le Lac Supérieur, est choisi par le Gouverneur de Nouvelle-France pour servir d'interprète à une expédition d'exploration en canoës commandée par Louis Jolliet, hydrographe et trappeur québécois.
En 1672, Louis Jolliet est en effet chargé de découvrir un grand fleuve coulant loin vers l'ouest des Grands Lacs et dont parlent abondamment dans leurs récits de chasse les Amérindiens que le Père Marquette sait écouter patiemment.

Le 8 décembre 1672, à Saint-Ignace, mission du Père Marquette sur le détroit Mackinac séparant les eaux du lac Michigan (ou des Illinois) de celles du lac Huron, le jeune Jésuite voit arriver deux canoës où ont pris place Louis Jolliet et cinq coureurs des bois.
Louis Jolliet explique au Père Marquette qu'il doit, en sa compagnie, préparer l'expédition à la recherche de l'immense fleuve que les Sioux nomment Mitchisipi ou Messi-Sipi (le Grand Fleuve).




Le départ de l'expédition
Le départ de l'expédition a été fixé au printemps 1673, juste après le dégel des glaces et rivières. L'hiver est donc consacré à la préparation du voyage, à la fabrication de nouveaux canoës en écorce de bouleau, à l'étude de quelques cartes, au choix des armes, des vivres et des pacotilles que les explorateurs pourraient échanger avec les peuples de rencontre.
Le 17 mai 1673, l'expédition s'élance sur les eaux du lac Michigan en direction de la Baie des Puants, aujourd'hui Green Bay. Le temps est clair. Les cinq canoteurs accompagnant Louis Jolliet et Jacques Marquette pagaient énergiquement.

Le premier objectif est d'atteindre en une semaine le fond de la Baie des Puants profonde de 130 kilomètres. A l'embouchure de la petite rivière Ménominie, les explorateurs rencontrent une nation amérindienne, celle de la Folle Avoine, du nom d'une herbe abondante poussant dans les marais giboyeux.
Les « Folle Avoine » sont pacifistes et accueillent amicalement les explorateurs qui ne tarderont pas à entrer sur le cours de la Rivière du Renard (Fox River).


La rivière du Renard et les Maskoutins
La Rivière du Renard conduit les canoteurs dans le lac des Winnibagos qu'ils traversent sans difficulté en longeant sa rive ouest. Toutefois, ayant retrouvé le cours de la Rivière du Renard de l'autre côté du lac, ils sont obligés d'affronter des rapides, de débarquer et de porter les canoës.
Le 7 juin 1673, la Rivière du Renard les conduit dans un autre pays de marécages. C'est le territoire de la nation des Maskoutins.

Les Maskoutins, ennemis des Sioux, forment avec les Miamis et les Kikabous, un peuple de chasseurs et d'agriculteurs très hospitalier. Les éclaireurs Maskoutins guident les canoteurs à travers les marais avant d'atteindre un grand village de huttes et wigwams (tentes). Au milieu de leurs totems, ils ont planté une grande croix honorant le Grand Manitou des Blancs. C'est le vestige d'une première visite effectuée chez les Maskoutins en 1670 par le Père Allouez, un autre missionnaire jésuite. Jolliet et Marquette sont arrivés aux limites occidentales du nouveau monde exploré.


Le Wisconsin
Les Maskoutins, les Miamis et les Kikabous, réunis en grand conseil, accordent aux explorateurs le renfort de guides. Ils aideront les canoteurs à traverser sans encombre une vaste zone de marécage avant d'atteindre vers l'ouest le cours du fleuve Wisconsin. L'expédition découvre tout à coup une très large rivière sur les rives de laquelle s'étalent d'immenses forêts de bouleaux et de chênes peuplées d'un abondant gibier. La navigation se poursuit sans difficulté pendant neuf jours. Au crépuscule, les canoteurs bivouaquent sur les rives du Wisconsin

Sous les yeux des explorateurs se déroulent des rives enchanteresses au milieu d'une plaine damassée de halliers giboyeux. Elle est parcourue de petits affluents dont la flore sylvestre cache des milliers d'oiseaux migrateurs.
Les canoteurs accostent en aval d'une petite prairie. Ils y ont aperçu des chevreuils. Ils décident de les chasser pour reconstituer leurs provisions de viande. Contre le vent afin de ne pas révéler leur présence, les trappeurs expérimentés s'approchent silencieusement de la horde. Pour ne pas attirer l'attention d'éventuels amérindiens belliqueux par des coups de fusils, les canoteurs chassent à l'arc


Le Mississippi
Le 17 juin 1673, au débouché du Wisconsin, les deux canoës de l'expédition Jolliet-Marquette atteignent enfin le cours du Mississippi. Brusquement le courant les projette dans des cataractes à l'endroit où le Mississippi se trouble des limons transportés par le Wisconsin. Au beau milieu de l'immense fleuve, sous des nuées d'oiseaux, les canoteurs rendent grâce à Dieu de les avoir conduits jusqu'au but de leur expédition.

Mais le Mississippi coule-t-il vers l'ouest ?
Le Grand Fleuve traverse-t-il la Nouvelle-France d'est en ouest ? Le Mississippi pourrait ainsi permettre à la marine française de naviguer vers les Indes, de l'Océan Atlantique à l'Océan Pacifique, sans avoir à doubler le cap de Bonne Espérance.
Tandis que Jolliet et Marquette s'interrogent, leur canoë est attaqué par un silure glane (poisson-chat) du Mississippi qui pèse plus de trois cents kilos. L'embarcation est endommagée, Une voie d'eau contraint l'expédition à un échouage dans une crique de graviers

Bien installés à l'abri de rochers pour y réparer les canoës et y sécher armes et bagages, Jolliet et Marquette prennent le temps d'effectuer un point précis de leur voyage. Le Mississippi file au sud-sud-est.
Brusquement, l'un des canoteurs qui s'est éloigné du feu pousse un cri d'alerte. Il a repéré un couguar rugissant. Le félin guette le campement, perché sur une échine rocheuse. Le couguar prêt à bondir sur le trappeur, disparaît dans la végétation à l'arrivée soudaine des compagnons venus à la rescousse du canoteur imprudent.

La navigation suit le cours supérieur du Mississippi. Soudain, les canoteurs distinguent sur la rive droite un troupeau de bisons, des boeufs sauvages, au cou robuste, paissant dans une immense prairie.
Les trappeurs décident d'accoster pour entreprendre une chasse, mais, en tournant brusquement, le vent révèle aux bisons la présence des chasseurs. Dans un grondement gigantesque, le troupeau prend peur et s'ébranle en faisant trembler les berges du fleuve