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Patrimoine livresque

La bibliothèque de Laon abrite ses collections patrimoniales et modernes dans les bâtiments du XIIIe siècle de l’ancienne abbaye Saint-Martin. Il serait plus exact de parler de vestiges, épargnés par les bombardements de 1944, des vastes bâtiments, édifiés depuis sa fondation en 1124, de cette maison canoniale de Prémontré.


Les manuscrits carolingiens de Laon

Les livres du haut Moyen Age conservés par la bibliothèque sont relativement nombreux, actuellement, il en reste 89 du milieu du VIIIe siècle à la fin du Xe siècle dont 74 proviennent de la Cathédrale. La variété de leur contenu témoigne encore parfaitement de l’activité des maîtres de l’école épiscopale et de leur enseignement selon le programme des arts libéraux.
Leur écriture et leur ornementation nous révèlent la présence à Laon d’une colonie de maîtres irlandais : le manuscrit 26 (un recueil de commentaires sur les psaumes) est copié dans une écriture irlandaise et contient des notes en vieil irlandais ; les manuscrits 199 (Actes du concile de Latran de 649) et 107 (Commentaire sur l’Epître de Paul aux romains, attribué à Saint Ambroise sont ornés, à la mode insulaire de grandes initiales cernées de pointillés rouges et formées de têtes de monstres, d’oiseaux ployés, d’entrelacs blancs sur fond noir.

Epîtres de Paul Glosées, début du XIIe siècle – Manuscrit roman de l’abbaye cistercienne de Vauclair Explicit du Traité de la nature d’Isidore de Séville ( VIIIe siècle)


Des signatures ou des annotations font sortir de l’ombre des œuvres et des noms : celui de Jean Scot Erigène dont le manuscrit 81 conserve l’exemplaire unique, en partie autographe, de son commentaire sur l’Evangile de Jean. Son contemporain Martin Scot a laissé une signature dans le manuscrit 444, monumentale somme de son enseignement du grec qui contient un dictionnaire grec-latin, complété d’éléments de grammaire et d’un florilège de textes grecs ; on reconnaît l’écriture de Martin dans 19 autres manuscrits carolingiens de Laon dont son traité " des propriétés de la philosophie et des sept arts libéraux ", véritable programme de l’enseignement laonnois sous Charles le Chauve. (2)
Ces livres, instruments de travail, se présentent généralement de façon fort modeste, exceptionnellement ornés de lettrines zoomorphes ou à entrelacs, à moins qu’il ne s’agisse de figures didactiques dans les Etymplogies ou le De natura rerum, d’Isidore de Séville.
Cette modestie apparente souffre pourtant d’exceptions dans les livres liturgiques, par exemple des Evangiles du scriptorium de Saint-Martin des Tours sous l’abbatiat de Vivien.
Tout dans ce manuscrit indique un faste royal : la qualité du parchemin, l’écriture, la décoration somptueuse qui fait appel à l’or et l’argent. Cette ornementation contient des détails particulièrement réussis : les symboles des évangélistes, aux trois paires d’ailes ; les oiseaux, à la fois identifiables et stylisés qui s’affrontent par couple ; un profil grec..
On a émis l’hypothèse que ces Evangiles avaient été exécutés par la demi-sœur de Lothaire et Charles le Chauve mais rien ne révèle de façon formelle à quelle bibliothèque ils appartenaient à l’origine.


Les manuscrits du XIIe au XIVe siècle

Ce temps nous a laissé, outre des œuvres d’Anselme, de Gauthier de Mortagne et d’Adam de Courlandon, des manuscrits laonnois de belle qualité : une chronique d’Herman de Tournai, continuateur de Nogent pour l’épiscopat de Barthélémi de Jur ; " Les miracles de Notre-Dame de Laon " ; un beau sacramentaire roman utilisé dans les cérémonies de la cathédrale sous Barthélémi de Jur et contenant une précieuse documentation historique.

Enfin, provenant vraisemblablement aussi de la cathédrale, mais d’origine alsacienne, un évangéliaire exceptionnel contenant vingt-et-une péricopes pour les grandes fêtes avec diacre chargé du chant de l’Evangile. Le choix des textes et de l’ornementation, la présentation et la conclusion du manuscrit permettent de localiser sa composition dans le scriptorium de l’abbaye augustine de Marbach Schwarzenthann près de Colmar. Daté de la fin du XIIe siècle, ce livre propose une ornementation de transition : lettres ornées romanes ou lettres historiques sur fonds de feuille d’or ou d’argent y alternent sans en compromettre l’unité. Parmi les lettres historiées, on peut citer un Saint-Matthieu à la fois Christ bénissant et scribe médiéval, et une présentation de Jésus au temple où l’expressivité des visages s’oppose à la rigidité hiératique des attitudes.

Présentation de Jésus au Temple. Evangéliaire alsacien de Marbach Schwarzenthann- XIIe siècle Glose de Jean André sur les Clémentines – Manuscrit italien du XIVe siècle

La fin du XIIIe siècle et le début du XIVe enrichirent la bibliothèque de la cathédrale de plusieurs traités de droit canon ornés dans le style italien. Le manuscrit 382 (glose de Jean André sur les Clémentines) contient à son premier feuillet une grande miniature où l’on voit l’auteur offrir son œuvre au pape entouré de sa cour de cardinaux.

Un chanoine français de la cathédrale, Michel Casse dont on trouve l’ex-dono, le monogramme et les notes dans 16 manuscrits, se montra également généreux donateur à la bibliothèque de la cathédrale. L’un des plus beaux de ses livres est sans doute un autre manuscrit orné dans le style italien, recueil des lettres de Saint-Bernard.


Les manuscrits de l’abbaye cistercienne de Vauclair

Les manuscrits qui en proviennent tiennent la seconde place numérique dans la collection des manuscrits de la bibliothèque de Laon.

Pour ceux du XIIe et du début du XIIIe siècles, ils sont d’une austérité toute cistercienne qui n’exclut ni l’élégance ni la beauté. Pourtant comme dans d’autres fonds cisterciens médiévaux, on remarque des livres du début du XIIe siècle (ou antérieurs) dont l’enluminure d’un grand raffinement ne correspond pas au précepte de Saint-Bernard : " que les lettres initiales soient d’une seule couleur et non ornées ".. deux manuscrits du XIIe siècle, de Vauclair en particulier, peuvent entrer dans cette catégorie : un psautier glosé et des Epîtres de Saint-Paul glosées contenant des initiales romanes à personnages, rinceaux ou monstres très élaborés.
Le plus grand nombre des livres du XII et du début du XIIIe siècles répondent à la prescription de Saint-Bernard : mise en page claire et sobrement scandée d’initiales d’une seule couleur, électivement choisie dans les jaunes brun, les verts, les rouges vif, les bleus outremer.



Evangiles de Tours : début de l’Evangile de Mathieu ( IXe siècle)
D’autres manuscrits ajoutent au même parti pris de dépouillement, le raffinement et l’élégance dus à un savant camaïeu de vert, de rouge et de bleu. Mais s’agit-il encore de dépouillement ?

Les livres postérieurs au milieu du XIIIe siècle sont richement ornés d’initiales historiées rehaussées de feuille d’or. La variété et la beauté des imprimés provenant de Vauclair sont également remarquables, qu’il s’agisse de bibles, d’œuvres des Pères de l’Eglise, de sciences exactes ou humaines.


Les écrits du XVe à aujourd’hui

L’ensemble de ces fonds, outre les manuscrits, représente environ 25 000 volumes pour la période du XVe à la fin du XVIIIe siècle, sur une grande variété de sujets. Les collections du XIXe siècle représentent environ 15 000 volumes. Il convient de signaler plusieurs collections particulières, correspondant à des legs ou donations.

Une collection d’environ 4 000 pièces d’archives et lettres autographes a été constituée par l’avocat homme politique et historien de Laon, Jacques-François-Laurent Devisme (1749-1830). Un petit ensemble de documents manuscrits ou imprimés donnés par l’abbé l’Ecuy, dernier abbé général de l’Ordre de Prémontré, au moment de la Révolution. Il contient en particulier "la Flora praemonstratensis", flore peinte en 1787-1788, dont les trois volumes représentent presque 700 plantes cueillies dans la forêt de Saint Gobain qui entoure l’abbaye.

La bibliothèque d’Alfred de Flavigny regroupe un bel ensemble d’œuvres littéraires du début du XIXe siècle et surtout d’ouvrages concernant les généalogies nobiliaires et les armoriaux. La bibliothèque d’Emile Muller contient une intéressante collection de revues et de livres d’architecture.


Saint-Norbert, fondateur de l’Ordre de Prémontré, a la révélation de sa vocation – Gravure de Théodor Galle dans "une vie de Saint-Norbert en 36 tableaux" - Anvers 1622

Les collections patrimoniales de la bibliothèque de Laon s’enrichissent régulièrement par des acquisitions d’œuvres d’écrivains nés ou ayant vécu dans le département de l’Aisne : Jean Bodin, La Fontaine, Camille Desmoulins, Alexandre Dumas Père, Paul Claudel…

Des livres contemporains choisis davantage en fonction de leur mise en page et éventuellement de leur typographie, que de leur illustration, viennent compléter ces réserves pour le temps présent.