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Laon, un patrimoine souterrain


Une montagne sortie des plaines

Toutes les personnes amenées à découvrir Laon sont surprises par cette butte témoin isolée sur les plaines de Picardie et se demandent par quelle bizarrerie la nature a pu façonner ce site singulier.
L’aspect insulaire du plateau de Laon n’est pas sans fondement puisque c’est aux fonds marins que nous devons la genèse de Laon. Des accumulations de sédiments du bassin de Paris, Laon a gardé la trace au sommet de la ville, des dépôts marins tombés au fond de la mer, au flux et au reflux des océans il y a 40 millions d’années.

Ces dépôts compactés ont pu résister au temps, aux climats extrêmes, aux érosions multiples …
De nos jours, la Montagne de Laon est une butte de sable et de roches posée sur la craie dont le sommet culmine à plus de 80 mètres au-dessus de la plaine.
Sans le savoir, en foulant le plateau, nous marchons sur l’une des deux buttes-témoins de l’histoire du bassin de Paris que tous les géologues de France connaissent. Avec la butte Montmartre, la butte de Laon est la seule en France à recenser des couches géologiques disparues partout ailleurs.


Sous les pavés, les carrières

En plus d’un patrimoine architectural et historique particulièrement riche et d’une géologie rarissime, la Ville de Laon possède également un patrimoine qui intègre tout ce qui a été façonné à l’intérieur des remparts médiévaux de la ville ancienne.

Les particularités de Laon ont été propices à l’installation des hommes qui y ont trouvé un refuge naturel. Cette occupation a été suivie d’un développement de la cité vers la fin du Vème siècle, période à partir de laquelle a commencé l’extraction des matériaux nécessaires à l’édification du bâti. Or, la pierre, le sable et l’eau sont justement présents et facilement accessibles en haut du plateau.

L’extraction de matériaux et en particulier du calcaire a probablement commencé sur le pourtour du plateau, là où le banc affleure et est donc facilement exploitable. L’exiguïté du plateau, sa faible largeur et la détérioration de terrains constructibles couplées à la nécessité d’avoir un rempart a contraint les carriers à s’enfoncer dans le sous-sol par l’intermédiaire d’entrées en cavage. L’exploitation se faisait alors en souterrains. Les carriers avancent à l’horizontal, exploitant 2 ou 3 bancs suivant la roche en place.

Sous ces exploitations finalement classiques, il existe une extraction de sables qui a été également exploitée : il suffisait de creuser des galeries autour d’un puits d’eau et le sable était remonté en surface par ce même puits. Ces exploitations dénommées arènes s’étendent sur la totalité du plateau et posent des problèmes de stabilité puisqu’elles supportent le poids des carrières de roches au-dessus, puis la charge des bâtiments.

Cette activité extractive de matériaux, rassemblée sous la dénomination de carrières, illustre près de 2000 ans d’activités humaines mais n’explicite pas l’utilisation exhaustive des vides souterrains qui sont des gardiens du souvenir d’activités humaines.

extrait " les souterrains de Laon " Nord Patrimoine Editions – page 24


Une vie souterraine

Au fil des ans , les carrières, caves et autres vides souterrains ont été occupés par les hommes. Diverses utilisations de ces cavités sont aujourd’hui connues :

Les creuttes et caves maraîchères :
- Les " creuttes " regroupent plusieurs concepts : carrières, grottes, habitats troglodytiques. A Laon, quelques témoignages en sont toujours visibles.
- Les caves maraîchères sont de petites cavités creusées dans le sable, boyaux d’une dizaine de mètres de long et de 2 à 3 mètres de large. Elles devaient faire fonction de cabanes de jardiniers et permettaient le stockage de produits de la terre nécessitant fraîcheur et obscurité.



Les glacières :
Témoignage d’un patrimoine en voie de disparition, " la conservation da la glace en milieu souterrain ". Laon possède plusieurs ouvrages liés à cette technique dont le plus représentatif est la glacière des Evêques. Le fonctionnement est simple : il consiste à briser la glace des étangs environnants pendant l’hiver puis à la stocker dans une cavité enterrée. Cette " bouteille thermos " gardait une quantité de glace qu’il suffisait de découper selon la demande aux périodes chaudes.



Les souterrains refuges :

La configuration de certaines galeries, leur étroitesse, leur forme en baïonnette, les rattachent plus à une activité défensive qu'extractive. Certains axes possèdent des meurtrières, d’autres sont dotées de cellules latérales…
Certaines formes de pièces et de galeries sinueuses pourraient faire appel à une autre tradition et hypothèse, celle des souterrains " initiatiques " à vocation cultuelle.



Les utilisations militaires :
- Les souterrains " perchés " ont été utilisés au lendemain de la guerre de 1870. La France s’est dotée d’une nouvelle ligne frontière au travers d’un programme d’édification d’ouvrages défensifs répartis sur l’ensemble des limites nationales et regroupés sous l’appellation de leur concepteur Mr Séret de Rivière. Si l’on garde à l’esprit que les vides dus aux carrières, poussés horizontalement, débouchent au pied des remparts et dominent donc la plaine ceinturant le plateau, on comprend le paradoxe qui a permis la construction de ces édifications défensives dont la plus singulière est la Batterie Morlot. Batterie défensive qui est en fait un télégraphe optique permettant de correspondre avec les forts environnants.

- Les caves de guerre : les trois dernières guerres ont profondément marqué les Laonnois. La dernière guerre mondiale est plus liée au monde souterrain en raison des démarches faites par la défense passive pour recenser les carrières aptes à être transformées en abris pour la population lors des bombardements aériens éventuels.


Un patrimoine à sauvegarder

Il est une tradition presque oubliée depuis un siècle et qui pourtant nous permet de visiter les souterrains : l’entretien et la consolidation régulière des carrières.

L’extraction de matériaux en souterrain a fragilisé la butte et a rompu l’équilibre précaire de cette dernière. Mais l’occupation des souterrains et leurs multiples usages qui ont nécessité un entretien régulier et une consolidation par des centaines de piliers de murs et de voûtes qui lui ont permis de subsister jusqu’au 19ème siècle.
Puisqu’avec l’évolution du bâti, une partie des matériaux provenant des maisons détruites était réemployée en dessous, certains piliers de consolidation sont l’unique trace d’anciens bâtiments aujourd’hui disparus.

Depuis la seconde moitié du 19ème siècle, les habitants se sont désintéressés des souterrains et ont quasiment abandonné leur entretien ce qui aurait pu, à terme, compromettre dans certains cas l’avenir du bâti.

Consciente de la richesse mais également de la fragilité d’un tel sous-sol, la Ville de Laon s’est engagée dans la sauvegarde et la mise en valeur de ce patrimoine exceptionnel au travers de la création d’un service municipal " recherche et carrières ". La mise en place d’un Plan de Prévention des Risques pour tenter de gérer et de pérenniser l’avenir du patrimoine bâti mais aussi d’améliorer sa valeur patrimoniale, via la création d’un circuit de visites ouvert au public toute l’année.